Le 26 septembre, j’aurai 60 ans. Quand je regarde derrière moi, je vois tout un chemin parcouru. Il y a eu de beaux moments, mais aussi des passages plus difficiles dont je n’ai pas nécessairement envie de parler. Ils font partie de mon histoire, malheureusement.
La vie a fait que je suis né sur la Côte-Nord, à la campagne près du fleuve St-Laurent, les rochers et cette plage dont je parle encore si souvent aujourd’hui. Je dis parfois que c’est la plus belle plage au monde. Peut-être qu’elle ne l’est pas pour tout le monde, mais pour moi, elle le sera toujours. Cette plage a été mon refuge, l’endroit où je pouvais respirer et retrouver un peu de paix. Avec les années, je comprends encore davantage la chance que j’ai eue de grandir près de cette plage.
À l’approche de mes 60 ans, je regarde aussi les gens qui ont traversé ma vie, de bonnes personnes et moins bonnes. J’ai toujours aimé donner, aider et faire plaisir. Quand je donne quelque chose, quand je rends service ou quand j’aide quelqu’un peut importe l'aide, je le fais avec mon cœur. Je n’ai jamais eu besoin qu’on me déroule le tapis rouge en retour. Mais avec le temps, j’ai appris qu’il y a une différence entre être généreux et sentir que notre générosité devient quelque chose que les autres tiennent pour acquis.
Aujourd’hui, je comprends aussi qu’on ne peut pas forcer sa place dans la vie des autres. Lorsqu’on sent qu’on n’est plus vraiment à sa place, qu’on se sent mis à l’écart ou que notre présence semble avoir perdu de son importance, il arrive un moment où il faut savoir se retirer. Pas dans la colère. Pas pour se venger. Simplement par respect pour soi-même.
J’ai lu récemment une phrase qui m’a beaucoup rejoint : « Apprenez à donner de votre absence à ceux qui n’ont pas compris l’importance de votre présence. » Et une autre disait :« Qu and on t’écarte, reste à l’écart. La dignité n’a pas de prix. » À l’aube de mes 60 ans, ces mots prennent pour moi un sens particulier.
Alors, pour cette nouvelle étape de ma vie, je choisis de faire un peu de ménage autour de moi. Je choisis de consacrer mon temps aux personnes et aux choses qui me font du bien. Je choisis aussi de continuer à être généreux, parce que cela fait partie de moi, mais sans m'oublier au passage.
Je garde précieusement les beaux souvenirs de mon histoire, avec certaines belles personnes bien intentionnées. Quant aux autres personnes qui m'ont apporter des moments plus difficiles, certains m’ont marqué et, si j’avais pu choisir, je m’en serais volontiers passé. Je n’ai pas besoin de leur trouver une raison ni de leur donner une place dans mon histoire. Aujourd’hui, je préfère regarder devant moi et laisser derrière ce qui doit y rester.
Avec les années, j’ai aussi appris que tout ne mérite pas nécessairement une deuxième chance. Je crois au pardon lorsque les erreurs sont sincèrement regrettées, mais lorsqu’une personne s’acharne à faire du mal, à trahir ou à blesser encore et encore, il arrive un moment où il faut savoir dire : assez.
On dit qu’il faut apprendre à pardonner. Je pense plutôt qu’il faut aussi apprendre à se respecter. Pardonner ne veut pas dire oublier, encore moins permettre à quelqu’un de recommencer. Donner une deuxième chance à quelqu'un qui s’est acharnée à te faire du tort serait, pour moi, lui donner une deuxième balle après qu’elle m’ait manqué avec la première.
À 60 ans, je choisis donc de laisser certaines personnes derrière moi, sans haine et sans vengeance, mais avec la certitude que certaines portes, une fois fermées, n’ont pas besoin d’être rouvertes.
À 60 ans, je ne veux plus courir après une place quelque part. Je veux simplement être là où ma présence est appréciée et là où est ma place. Et lorsque ce n’est plus le cas, je saurai désormais me retirer et poursuivre mon chemin, la tête haute, avec mes souvenirs, mes valeurs et mes convictions.